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Beaucoup de désaccords portent sur des définitions, pas sur des faits

Par · · 7 min de lecture

Deux personnes qui s'opposent avec conviction s'accordent souvent sur les faits. Ce qu'elles ne partagent pas, c'est le sens des mots employés.

C'est le premier tri que je fais en suivant un débat, et il élimine une bonne partie du bruit. Avant de se demander qui a raison, il faut savoir sur quoi porte le désaccord.

Trois types de désaccord

Sur les faits. Ce qui s'est passé, dans quelles proportions. C'est le seul type qui puisse être tranché par la vérification, et c'est le plus rare dans les débats publics — parce que les faits bruts sont souvent admis par tout le monde.

Sur les définitions. Que recouvre exactement le mot employé, quel périmètre, quels cas inclus. Ce type de désaccord ressemble à un désaccord de fond et n'en est pas un : il se résout en explicitant, ce que personne ne fait parce que chacun croit son usage évident.

Sur les valeurs. Ce qui compte le plus, ce qu'on accepte de sacrifier. Celui-là est réel et ne se tranche par aucune donnée. Le reconnaître comme tel est déjà un progrès considérable.

Un débat qui n'avance pas est presque toujours un débat où l'on discute des faits alors que le désaccord porte sur les valeurs — ou l'inverse.

Comment repérer le désaccord de définition

Le test qui règle la question : demander à chacun ce qu'il entend précisément par le terme central. Dans beaucoup de cas, le désaccord se dissout ou se déplace — et il devient enfin discutable.

Ce que ça change pour un lecteur

Beaucoup de contenus présentent des désaccords de valeurs comme s'ils pouvaient être tranchés par des données. C'est confortable — il suffirait de savoir — et ça masque le vrai enjeu, qui est un arbitrage.

À l'inverse, présenter un désaccord factuel comme une simple divergence d'opinions revient à traiter comme équivalentes une affirmation vérifiée et une affirmation qui ne l'est pas. Les deux erreurs sont symétriques et fréquentes.

Ce que je ne fais pas

Trancher. Quand un débat porte sur des valeurs et que les deux positions sont argumentées, mon rôle s'arrête à décrire l'arbitrage en jeu. Fournir une conclusion serait précisément l'opinion toute faite que ce site s'interdit.

Portrait de Thomas Lheritier

Chroniqueur presse

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