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Suivre un sujet dans la durée plutôt qu'au fil des pics

Par · · 6 min de lecture

L'attention publique se porte sur un sujet quelques jours, puis passe. Ce qui se comprend d'un sujet suivi six mois n'a rien à voir avec ce qu'on en saisit au moment du pic.

Le rythme de l'attention publique et le rythme des sujets ne coïncident pas. Un dossier qui se joue sur des années est traité pendant une semaine, au moment où il produit un événement — c'est-à-dire au moment où il est le moins compréhensible.

Ce qu'on rate au pic

Le pic donne l'événement sans son cheminement. On apprend qu'une décision a été prise sans savoir ce qui l'a précédée, quelles options existaient, ce qui a été arbitré.

Résultat : une succession de nouvelles disjointes, dont aucune ne s'articule aux autres — ce qui produit le sentiment très répandu de suivre l'actualité sans rien comprendre.

Suivre trois sujets pendant six mois apprend davantage que suivre trente sujets pendant trois jours chacun.

La méthode que j'applique

Le coût, honnêtement

Accepter de ne pas suivre le reste. C'est inconfortable socialement — les conversations portent sur le sujet du moment, pas sur celui qu'on suit depuis six mois — et c'est le vrai prix de cette méthode.

Ce n'est donc pas une recommandation générale mais un arbitrage : être informé sur peu, ou au courant sur beaucoup. Les deux se défendent, à condition de savoir lequel on a choisi.

Ce que ça révèle

En suivant un sujet longtemps, on voit des choses invisibles autrement : les prédictions qui ne se sont pas réalisées et dont personne ne reparle, les points présentés comme certains qui se révèlent discutés, et les acteurs dont la position a changé sans que ce soit relevé.

C'est cette mémoire-là que le traitement par pics ne peut pas fournir — et elle est le meilleur outil de jugement dont dispose un lecteur.

Portrait de Thomas Lheritier

Chroniqueur presse

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